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Kim Fowley > bio

Extraite du "Dictionnaire du Rock" (Robert Laffont) :

« L'ascendance de Kim Fowley est déjà tout un poème. Petit-fils de Rudolf Friml, un compositeur d'opérettes pour Broadway d'origine pragoise, il naît à Manille en 1942 (sa mère a des origines philippines.) […] Son père, Douglas Fowley, reste connu pour avoir interprété le personnage du "Doc" dans la série western télévisée "Wyatt Earp" et joué un second rôle dans "Chantons sous la pluie" en 1952; sa mère a fait une apparition dans "Le Grand Sommeil" en 1946. Le jeune garçon grandit à Hollywood. Au lycée, avec le futur Beach Boy, Bruce Johnston et le batteur Sandy Nelson, il forme les Sleepwalkers, un groupe auquel Phil Spector, alors guitariste, vient parfois
se joindre. En 1957, il est brièvement chanteur au sein des Jayhawks, un groupe vocal noir de rhythm'n'blues qui a connu un succès éphémère avec "Stranded In The Jungle" en 1956. Alors qu'il a à peine vingt ans, il parvient à lancer un duo formé par deux de ses camarades de lycée, Skip & Flip (Skip Battin, futur membre des Byrds et Gary Paxton), composant et produisant pour eux "It Was I", un tube en été 1959, retrouvant le succès, l'été suivant, avec "Cherry Pie". Cette même année 1960, il arrange, produit et interprète, au sein des éphémères Hollywood Argyles (où il retrouve Paxton, Nelson et le chanteur country Dallas Frazier), "Alley Oop", le plus gros tube de l'été, un des grands classiques crétins du rock'n'roll, puis "Diamonds And Pearls" pour les Paradons et "Honest l Do" pour les Innocents. […] Il arrange et produit une série de 45 tours instrumentaux pour l'immortel B. Bumble & The Stingers (Bourdon et les Piqueurs), dont le dernier, "Nut Rocker", l’adaptation rock du thème de Casse-Noisette de Tchaïkovski, fait mouche, atteignant le n° 1 en Grande-Bretagne. Fowley crée ainsi une tradition du coup sans lendemain, réalisant quantité de disques éphémères (certains pour son propre label Living Legend), dont, fm 1962, un des disques les plus ineptes de l'histoire du rock'n'roll, le "Papa-Oom-Mow-Mow" des Rivingtons, succession d'onomatopées dont les Cramps, quinze ans plus tard, feront leurs délices. Le dernier exploit notable de Fowley durant cette période est la création des éphémères Murmaids, qui reprennent fin 1963 une chanson composée par David Gates, "Popsicles And Icicles" ("Esquimaux et glaçons").
Excité par la British Invasion qui vient frapper les Etats-Unis avec les Beatles en tête, il décide de s'installer à Londres en 1964.[...] Fowley, qui a déjà organisé des numéros de danse dans des cabarets, monte une chorégraphie pour ses premiers spectacles. […] Il se fait la spécialité de cueillir les talents au moment où ils naissent, disparaissant quand les choses deviennent sérieuses: il aurait ainsi accompagné, de 1965 à 1967, les premiers pas des N’ Betweens, le futur Slade, de Soft Machine (dont il produit le premier single "Love Makes Sweet Music" ), Cat Stevens (avec qui il aurait composé "Portobello road") et Family (dont il aurait trouvé le nom).
De retour à Los Angeles en 1966, on retrouve Kim Fowley aux côtés de Frank Zappa et des Mothers Of Invention, montant sur scène avec le groupe et passant par le studio […] Partie prenante du mouvement underground et psychédélique, il se taille une réputation d'activiste excentrique en organisant des love-ins (cérémonies hippies où l'on se libérait de toutes ses inhibitions) à San Francisco. Il enregistre alors un premier simple sous son nom, "The Trip" repris par plusieurs groupes psychédéliques californiens, puis un premier album solo, "Love Is Alive And Well", pour le label Tower en 1967, suivi l'année suivante de "Born To Be Wild", un disque de reprises instrumentales de tubes psychédéliques, dont le fameux morceau de Steppenwolf. Il apparaît sur la pochette prêt à chevaucher un orgue portable entouré de jeunes filles court vêtues posant près d'une grosse cylindrée. Il compose et produit en 1968 "Wild Blood", le dernier simple des Seeds de Sky Saxon, ainsi que le premier album de Fraternity Of Man, un groupe formé par un ancien des Mothers Of Invention, le guitariste Elliott Ingber, et dont le titre gentiment country "Don't Bogart Me", apparaît dans la BO du film Easy Rider. Sa légende s'enrichit lorsqu'il est chargé de remixer, afin de leur donner un tour plus psychédélique, des maquettes du guitariste, de blues texan Johnny Winter qui paraissent en 1969 sous le titre The Progressive Blues Experiment. Sans parler de l'album moitié rock, moitié country, "I’m Back And I’m Proud", qu'il produit à la fin de l'année pour Gene Vincent. […] Toujours à l'avant-garde, Fowley anticipe, d’une certaine façon, le renouveau du rock'n'roll agressif et décadent que vont représenter les Stooges et le MC5 au tournant de la décennie. Il enregistre, en 1969, pour le label Imperial, l'album Outrageous avec des musiciens de Los Angeles, parmi lesquels Mars Bonfire, premier guitariste de Steppenwolf et compositeur de "Born To Be Wild". Avec des titres féroces comme "Animal Man", on est loin du Flower-Power. Fowley publie, en 1970, deux recueils de poèmes, "The Earth Is Really Flat" et "The Oblong Tiger". Rencontré à cette époque, Jim Morrison lui aurait dit: "Tu n'es pas un mauvais chanteur, tu
es même un bon poète, mais tu ne feras un bon disque que si tu te sens amoureux." Après un album curieux, Good Clean Fun, où Fowley introduit la technique du collage (conversations téléphoniques, répliques de feuilletons, un procédé qu'il reproduira en collaborant avec Spirit en 1977 pour l’étonnant "Future Games"), on le retrouve en Suède, où il lance un groupe local, Wigwam, qui finira par publier un album chez Virgin. Il sort un disque là-bas, "The Day The Earth Stood Still",dans la lignée d'Outrageous; puis revient à Los Angeles en 1972 pour enregistrer son second "classique" rock'n'rollien, "I'm Bad", toujours avec Bonfire et l'ex-guitariste de Fratemity Of Man, Warren Klein. […] Son instinct pour trouver aussi fou et excentrique que lui ne le trompe jamais: il est le premier à reconnaître, en 1971, le génie de Jonathan Richman et des Modern Lovers, dont il produit les premières maquettes. Il compose alors des chansons de country-rock (c'est la mode) que son vieil ami Skip Battin parvient à placer auprès des groupes auxquels il participe, les Byrds et les New Riders Of The Purple Sage. Après les albums "International Heroes" (1973) et "Animal God in The Street" (1974) ce dernier
paraissant chez Skydog, Fowley refera parler de lui en fabriquant de toutes pièces les Runaways, un groupe de collégiennes jouant du hard-rock dans des tenues provocantes. Joan Jett, alors âgée de quinze ans, et Lita Ford y font leurs débuts, et, comme toujours en avance, Fowley anticipe, dans ce mélange de hard rock maladroit et de sexe "sale", le punk-rock.
Il collabore ensuite épisodiquement avec des groupes de heavy metal comme Kiss, Môtley Crue et Poison. […] En 1995, Alan McGee a réédité en un CD unique chez son label "Creation Outrageous" et "Good Clean Fun".[...] Parfois décrit comme le chaînon manquant entre Orson Welles et Chuck Berry, Kim Fowley demeure une sorte d'Andy Warhol amateur, parti, comme lui, de l'intuition que la culture américaine était fondée sur le néant et la futilité, mais que ces données pouvaient et devaient être transcendées par une vision imaginative et poétique. »

Reproduction avec l'aimable autorisation de Michka Assayas.